Matières, objets et manufactures d'Europe

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Matières, objets et manufactures du continent européen.

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La Maison de Commerce

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T008 FRACAT18

Territoire : Paris, France - Empordà, Catalunya
Date : 4-20 juin 2018
Météo : Pluie intense, soleil
Transport : Vélo
COPILOTE : Àlex Todó Plasencia

Le vélo est une histoire européenne, entre l’Allemagne, la France, l’Angleterre et l’Italie. Il est aussi le moyen de transport le plus utilisé dans le monde.

Du 4 au 22 juin 2018, Miquel Matas i Ferrer et Àlex Todó Plasencia ont traversé la France pour La Maison de Commerce, à vélo. Ils ont suivi la route commerciale Paris-Lyon-Marseille avant de bifurquer vers Portbou à la frontière espagnole. Un voyage artisanal, non-polluant, économique. Le temps et l’espace ne sont pas les mêmes, l’épreuve du terrain et les rencontres non plus. Récit de leurs efforts et de leur joie. Initiatique !

 

Objectif : tracer une route de Paris à la frontière catalane en rendant visite à 10 fabricants.

Bilan : 2 vélos, 15 kg de bagages chacun, 18 jours, 1200 km, 17 départements : 75, 91, 77, 45, 89, 58, 71, 03, 69, 07, 26, 84, 13, 30, 34, 11 et 66. Et aussi : 4 crevaisons, 8 marques de bronzage à vie, 1 genou tordu, 1 lumière cassée, 1 selle inconfortable, et 4 pieds à terre pendant l’ascension finale vers l’enfer du sud.

 

Paris, 4 juin 2018, 12h.

Nos jambes commencent à tourner un matin du début du mois de juin dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, à Paris. En quittant le petit comité venu saluer notre départ, nous avons le trac des premières fois.

Sortir de Paris n’est pas facile, quitter le béton est laborieux. L’eau se révèle – et se révélera – notre meilleure alliée : la Seine nous guide vers la campagne que nous avons tellement hâte de retrouver.

Premier arrêt : un camping de l’autre côté de la forêt de Fontainebleau. Nous tournons en rond jusqu’à ce que Friederick – un voyageur allemand en quête de bâtiments brutalistes – croise notre route et devienne notre guide.

Le lendemain au réveil, le voyage nous lance son premier défi : il pleut, il pleut, il pleut. Que faire ? Nous réfléchissons aux plans B, C et D. Pendant ce temps-là, Friederick plie ses affaires et reprend sa route sans rien dire. Ok, leçon apprise. Nous repartons nous aussi, et le vrai voyage commence.

Une routine s’installe tout de suite. Une série de petites habitudes auxquelles nous tenons, qui nous réjouissent dans les bons moments et nous sauvent dans les mauvais : café “maison”, recherche d’une boulangerie, “deux croissants et deux pains au chocolat, s’il vous plaît”, pédaler, pédaler, banane, Orangina, pédaler, pain fromage/saucisson/jambon/houmous/sardines, le plaisir des fruits d’été, pédaler, pédaler, biscuits, banane, pédaler, camping, douche, réchaud, pâtes/riz, carte et route du lendemain, bonne nuit. Recommencer.

Notre première semaine se passe sous la pluie et dans la brume. Swanee et Stéphane nous hébergent pour une nuit dans leur atelier de fabrication de vélos à Nevers. Nous suivons la Loire, dévions vers Saint-Just-en-Chevalet, traversons des montagnes et des forêts touffues sous des orages estivaux. Ayant atteint le col de la Chamba, nous arrivons trempés à Ambert, et dormons dans un camping partiellement inondé. Le lendemain, il pleut toujours. Alors que nous visitons leur moulin à papier, Sylvain et Emmanuel proposent de nous conduire au col de Pradeaux. Nous évitons la montée sous une pluie intense. La météo annonce enfin le retour du soleil partout en France..

Laissant derrière nous les dénivelés, les forêts humides et le mauvais temps, nous savons que cette étape difficile restera pourtant l’une des plus belles du voyage. Nous arrivons dans la Vallée du Rhône. Le soleil sort son nez, et ça sent le sud. Première pause après 10 jours non stop : Valence. Nos jambes vont le regretter. Repartir est douloureux ! Nous reprenons les petites routes, les arbres fruitiers nous montrent le chemin. 100 km de vignes au pied du Géant de Provence, le Mont Ventoux. Arrivés à Arles, nous montons dans un train pour Marseille où nous avons programmé l’une de nos dernières visites. Enfin la mer. Catalina et Paul nous hébergent et écoutent nos aventures. Nous reprenons le périple direction Perpignan. La fin du voyage approche et nous devons traverser les Pyrénées pour arriver au Baix Empordà.

Sous le soleil du Midi, deux cyclistes retraités décident de pédaler à notre rythme. Ils nous racontent leurs expériences de chauffeurs de camion, au temps des frontières. Nous avançons, légers. À Céret ils nous souhaitent bonne route et bon courage. Ils savaient que notre prochaine étape en territoire français serait une épreuve. La plus rude de notre voyage !

30 degrés, une montée raide qui n’en finit jamais, un soleil implacable : nous descendons de nos vélos pour la première fois du voyage. Dernier village avant la frontière. À l’ombre de la terrasse d’un restaurant, sous le coup d’une insolation, nos yeux se ferment. Nous reprenons, derniers kilomètres, le compte à rebours se déclenche : nous sommes à la fois euphoriques et nostalgiques lorsqu’un petit panneau nous annonce discrètement que nous sommes arrivés en Catalogne. Nous pédalons 60 km en territoire bien connu. Un coucher de soleil orangeâtre nous souhaite benvinguts.

Nous atteignons La Bisbal d’Empordà à 22h, après avoir pédalé pendant 12h. Nous y sommes arrivés. FIN.

La Bisbal d’Empordà, 22 juin 2018, 22h.

 

Dix fois pendant le voyage, nous nous sommes arrêtés pour rendre visite à un fabricant. Dix rencontres, dix histoires différentes, dix façons de concevoir et de parler d’un métier. Des usines stoppées dans les années 50, des jeunes qui font revivre une tradition oubliée, des savoir-faire en voie de disparition, des héritiers de 6ème génération, des amoureux des matériaux : tous sont des passionnés. Faïence, toile Moleskine, matelas de laine, papier, vaisselle en étain, scourtins, fuseau de lavande, céramique, savon, couteau. Dix points sur la carte, que nous avons rejoints par la force de nos jambes, qui ont rythmé notre voyage et qui nous ont menés dans les campagnes les plus profondes, loin des agglomérations et des sites touristiques, au bout de chemins inattendus. Nous avons connu le plaisir de la découverte, de la surprise, de la perte et du détour.
Poc a poc.

 

Notes pour plus tard :
– “deux Orangina, s’il vous plaît”
– “jeudi, le soleil arrive en France !”
– “heureusement que ça descend”
– “tu vas où, avec ce siège aussi dur ?”
– “bon courage, les héros !”
– “je préfère monter que pédaler contre le vent”
– “ça sent le sud !”
– Pains et biscuits (de terre cuite)
– “on est ringards, c’est un parti pris”
– “je n’aime pas les artistes, ils font ce qu’ils veulent”
– L’étiquette comme une oeuvre d’art
– La signature des matelassiers : le point de couture
– Être le dernier en France
– Ce qu’on appelle la lavande, c’est du lavandin
– “Lou souleoù mi fa canta”
– Se raser et se brosser les dents avec du savon de Marseille
– Avoir une ancienne ferme, transformée en usine, au milieu d’une banlieue
– “Un couteau, c’est pas fait pour décorer”
– Essayer toutes les façons de traverser la frontière franco-catalane à vélo
– Faire le même voyage en prenant des chemins différents

 

Merci beaucoup :
Pauline Lévêque, Raphaël Palti, Terres cuites de Courboissy, Le Potier d’Étain, Le Laboureur, Cardelaine, La Scourtinerie, Richard de Bas, Fuseaux de Lavande de Provence, Le Sérail, Louis Sicard, Christian Ibergay, Swanee et Stéphane, Céline – Vera cycling, Sylvain, Un Jardin vers le Sud, Júlia Balcells Roca, Catalina et Paul, nos amis et familles.